Developpement Durable en Afrique

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samedi 12 mai 2012

Comment assurer la protection de l’environnement




Réflexions sur l’état de lieux, contraintes et opportunités sur

le droit  africain  de l’environnement

Cours dispensés à la formation en droit de l'environnement organisée par Conserve Africa Foundation à Cotonou en Juin 2011


(Messieurs Boco KANA-GABA et Adam CHABI BOUKO, Juristes de l’environnement)

  1. Etat des lieux :

Jusqu’à un passé récent, les Etats africains ne se sentaient pas assez concernés par des questions relatives à l’environnement, du moins pas de façon urgente.

L’origine lointaine d’un des tous premiers textes africains dans le domaine de l’environnement remonte à l’époque coloniale au moment où les pays africains étaient privés de leur souveraineté et autonomie. Il s’agit du Traité de protection de la faune africaine signé à Londres entre puissances coloniales le 19 mai 1900 (1). Son manque de succès a donné naissance à plusieurs autres traités dont le plus efficace est sans doute la Convention de Londres de 1933 relative à la protection de la faune et de la flore en Afrique, convention qui est à la base de la création de plusieurs parcs nationaux dont le parc « W » qui appartient aux trois pays qui sont : Le Bénin, le Niger, et le Burkina-Faso.

La prise de conscience des préoccupations environnementales en Afrique est relativement   récente. Plus jeune est encore l’émergence d’un droit environnemental africain qui manifestement est en pleine recherche identitaire.

Cependant comme nous le verrons ci-dessous, l’intérêt de l’Afrique pour les questions environnementales est antérieur à la Conférence des Nations Unies  de Stockholm tenue en 1972 (2) sur la question.

Il est aisé de constater que ce droit s’est bâti d’abord et surtout autour de la question de la conservation et de la protection de la nature et des ressources naturelles. Son développement se fait progressivement de sorte qu’aujourd’hui, l’arsenal juridique africain en la matière prend de l’importance et est porté par des dispositions de droit national, des conventions, aussi bien régionales, continentales qu’internationales.

De même, la volonté d’intégrer au niveau régional et continental et de s’adapter aux nouveaux défis environnementaux et donc de moderniser les normes juridiques africaines de protection de l’environnement s’est traduite, en période postcoloniale et récemment, au niveau des institutions continentales, régionales et sous-régionales à savoir :

-          l’Union Africaine et Malgache (UAM) au sein de laquelle ont été adoptées en 1962 à Libreville au Gabon, des recommandations tendant à la protection de l’environnement en Afrique ;

-          l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) puis l’Union Africaine (UA) qui ont adopté la Charte africaine pour la protection et la conservation de la nature, la Convention d’Alger sur la protection de la nature et des ressources naturelles de  1968, les résolutions sectorielles relatives à l’environnement, le Plan d’Action de Lagos (3) pour le développement économique de l’Afrique et le Programme du Caire du 18 décembre 1985 (4) qui définissent le cadre général de politique commune en matière d’environnement, la Convention de Bamako sur l’interdiction d’importer des déchets dangereux et le contrôle des mouvements transfrontaliers en Afrique du 30 janvier 1991 suite aux différentes Conventions de Stockholm, de Bâle, de Rio et de Johannesburg (5), Convention africaine de Maputo sur la protection de la nature et des ressources naturelles du 11 juillet 2003 qui est en fait la version révisée de la Convention d’Alger de 1968 sur le même objet ;

-          l’UEMOA qui promeut des politiques et stratégies ouest africaines consacrées à la protection de l’environnement a adopté le Règlement pour un Programme régional de biosécurité et un Comité technique chargé des ressources naturelles et de l’environnement.

Toutefois, de nombreuses contraintes plombent le jeune droit africain de l’environnement  indispensable à l’émergence socio-économique du continent africain.

Aussi, des évolutions conduisant vers la construction progressive d’un droit africain de l’environnement, sont des opportunités à saisir par les juristes africains de l’environnement.

2. Contraintes :

En général, inefficacité, lourdeur et non effectivité sont caractéristiques des instruments juridiques africains de protection de l’environnement qui partagent d’ailleurs la caractéristique généralement prêtée au droit de l’environnement à savoir celle d’un « droit dormant» (6).

Les causes qui  plombent le droit africain de l’environnement  sont diverses et multiples :

2.1. Ce droit a essentiellement puisé ses sources du droit international de l’environnement classique et parait bien souvent comme un mimétisme dénué de toute originalité et sans adaptations et innovations nécessaires au progrès économique, social et culturel du continent.

Il ne peut d’ailleurs en être autrement puisse que le continent tout entier compte  peu de ressources humaines qualifiés et expérimentées dans ce domaine.

2.2. La méconnaissance par la plupart des décideurs africains des mécanismes juridiques liés à l’élaboration et la mise en œuvre des lois en matière de protection de l’environnement, est un véritable handicap. Dans presque tous les  pays africains, il n’est pas rare de rencontrer des parlementaires qui ignorent peu ou prou les enjeux relatifs au droit de l’environnement. La faible réception ou intégration des conventions internationales de protection  de l’environnement dans les droits positifs  de la plupart des pays africains, résulte assurément de cette méconnaissance.

Il n’est peut-être pas exagéré d’évoquer aussi une faible volonté politique des Etats africains en général de promouvoir le droit de l’environnement, pourtant la réponse politique et juridique africaine aux actuels défis environnementaux est vivement attendue.

2.3. Le faible niveau de juridicité environnementale des citoyens africains et aussi le faible développement du droit de l’environnement en Afrique, expliquent que face aux innombrables atteintes à l’environnement, on enregistre peu ou pas de contentieux; la Convention d’Aarhus(7) ne trouve pas encore en Afrique ses lettres de noblesse.  

2.4. L’absence d’un cadre juridique et institutionnel solide de mise en œuvre est aussi responsable des faiblesses de ce droit en Afrique.

2.5. Les pratiques socioculturelles ajoutées aux problèmes fonciers, la pauvreté endémique en Afrique sont à l’origine du faible développement du droit de l’environnement en Afrique. En effet, comment demander à un pauvre paysan d’abandonner les pratiques culturales  destructrices des écosystèmes et d’épargner la forêt alors même qu’il trouve difficilement un lopin de terre à cultiver pour sa subsistance ?

2.6. Le dualisme juridique qui existe entre les droits régionaux et les dispositions internes mues par la souveraineté de chaque pays sur ses ressources naturelles ne contribue pas favorablement à l’émergence d’un droit environnemental africain.

. 3. Opportunités :

Cependant, le droit africain de l’environnement connaît des avancées et  ne recule point.  A la vitesse à lui propre, il évolue lentement mais sûrement et contribue à maints égards à l’enracinement du droit international de l’environnement.

De réelles chances existent qui augurent de lendemains meilleurs pour ce droit en Afrique :

3.1.  L’urgence et le caractère crucial de la problématique environnementale (phénomènes naturelles et autres catastrophes, sécheresses, désertification) par rapport au développement des Nations, constituent un réel facteur de renforcement du droit de l’environnement en Afrique.

3.2. La prise de conscience généralisée de la problématique environnementale sur le continent est grande aujourd’hui plus qu’hier dans la mesure où toutes les constitutions de ces Etats comportent des dispositions sur le respect de l’environnement. Des lois-cadres sont tout autant nombreuses visant le même but et précisant les domaines et des lois et textes règlementaires parachèvent l’arsenal juridique.

 3.3. Les organisations continentales et régionales en tant que cadres politiques et juridiques participent aux différents travaux à l’échelle internationale aboutissent à la conclusion d’accords contraignants qui obligent davantage les Etats du monde dont les Etats africains.

Les progrès réalisés ces derniers temps dans les négociations internationales  obligeant les pays riches à accompagner financièrement, techniquement, ou technologiquement les Pays en développement, propulseront à coup sûr les efforts vers l’émergence du droit africain de l’environnement.

3.4. Le rôle de veille de la société civile (ONG locales et internationales de protection de l’environnement) en tant que vecteur d’information et de sensibilisation sur la chose environnementale, est capable de se positionner à l’avant-garde pour l’enracinement d’une conscience environnementale au niveau local, régional et continental.

3.5. Nombre de juristes africains s’intéressent, se forment et se spécialisent peu à peu en droit de l’environnement. A moyen et long terme, l’Afrique disposera de ressources humaines qualifiées en droit de l’environnement chargées de concevoir, d’élaborer avec doigté les politiques et stratégies juridiques nationales de protection de l’environnement adaptées aux réalités du continent. 

3.6. L’exigence des bailleurs de fonds pour la systématisation des études d’impact environnementales et l’intégration de l’environnement dans les programmes et politiques et programmes de développement constituent aussi des conditions favorables.

3.7. La mondialisation peut être bénéfique dans la lutte contre les phénomènes environnementaux par le droit en Afrique. En effet, les informations techniques et scientifiques sont rapidement partagées entre chercheurs et la coopération internationale indispensable dans ce domaine est souvent mise en avant.

3.8. Il convient de mentionner l’important rôle  des institutions et ONG internationales (Banque Mondiale, PNUD, PNUE, FAO, IUCN) pour leur expertise et appui financier, technique substantiels pour le renforcement des capacités en conception et mise en œuvre du droit de l’environnement en Afrique. 

Conclusion :

Le droit africain de l’environnement existe, sert accessoirement d’outil de protection et de sanction aux infractions environnementales et apporte sa contribution quoique modeste au droit international de l’environnement.

Bien que jeune et encore faible, le droit africain de l’environnement mérite d’exister car  « mieux valent des normes inappliquées qu’un univers a-juridique » (8)

La cohérence, l’harmonie, la pertinence, la simplicité, l’efficacité, la lisibilité, la force exécutoire et contraignante, les mécanismes opérationnels de suivi évaluation et de contrôle devront désormais caractérisés le nouveau droit africain destiné à la sauvegarde de l’environnement 

Ainsi, le droit africain de l’environnement africain se mettra plus au service de l’humanité.





REFERENCES  BIBLIOGRAPHIQUES :





1°) Maurice KAMTO, « Les conventions régionales sur la conservation de la nature et des ressources naturelles en Afrique et leur mise ne œuvre », dans « Droit International de l’environnement dans le reste du monde » p.21.

2°)  Maurice KAMTO citant Alexandre KISS in «  Droit International de l’environnement » Paris, Pedone, 1989, p.240.

3°) Voir OUA, Plan d’Action de Lagos pour le développement économique de l’Afrique, 1980-2000 Genève, Institut International d’études sociales, 1982, p.101-103.

4°) Voir Première conférence ministérielle africaine sur l’environnement, PNUE. , UNEPAEC. , 12Na-85-2007-63656, Caire, 1985.

5°) Convention de Bâle portant sur le trafic des déchets dangereux, la déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, déclaration de Johannesburg sur le développement durable.

6°) Maurice KAMTO, « Les conventions régionales sur la conservation de la nature et des ressources naturelles en Afrique et leur mise ne œuvre », Revue juridique de l’environnement, 1991/4 p.442.

(7°) Convention d’Aarhus portant sur l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement, 1998.

8°) Maurice KAMTO, « Droit de l’environnement en Afrique », Collection Univers francophone, AUPELF/UREF, P.18, 1996.



Cours dispensés à la formation en droit de l'environnement organisée par Conserve Africa Foundation à Cotonou en Juin 2011

Avec la supervision et la coordination de:

Ernest Rukangira
Conserve Africa Foundation
http://www.conserveafrica.org.uk/


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